Il y a une femme, debout dans la lumière. Dans l’ombre, derrière elle, des visages en rangs serrés. C’est une scène, elle est debout dessus sous la lampe blafarde, derrière elle il y a des spectateurs mais elle leur tourne le dos. Ils la regardent, et elle ne les voit pas, et elle ferme les yeux. Elle a l’air absorbé. Et puis elle n’est pas tout à fait au centre de la scène, elle est quelque part à côté. En décalage.

Elle contraste. Elle a le visage ceint de cheveux blonds, et clos de fleurs blanches; elle porte une cape claire et tout ce blanc la détache. Une lueur l’auréole, silhouette séraphine. Elle est seule debout sereine et couronnée.

Elle paraît sourire, encore que l’ourlet des lèvres ne déferle pas contre la pommette, à fleur d’eau la joue fraîche, encore que le ressac ne frise pas les paupières. Ce n’est pas un sourire, ce serait plutôt le pli naturel de sa bouche; ce serait un trait tranquille, confiant, l’amour qu’elle aurait toujours au bord des lèvres, comme un souffle trop court expiré trop vite et qui la laisse haletante, un poing au cœur.

Elle se dérobe au public, informe et grouillant dans le bas-fond; ses yeux clos cèlent aux voyeurs le secret de son calme; elle est aimée, il l’aime, cette fois c’est sûr, il n’y a qu’eux et cet amour l’arrache à la nuit, la projette reine radieuse tout au-devant du monde; il l’aime, il l’aime c’est sûr et sa voix l’envoûte et ses mots la captivent, elle est hypnotisée, l’innocence éperdue.

Les projecteurs l’aveuglent, papillon diaphane épinglé tragique, Cabiria au fol espoir.